16 juin 2009
La critique de la critique
Depuis que j’écris pour Culturofil, je regarde les critiques d’un œil justement plus critique. Je pars du principe qu’un article critique se doit à la fois d’être informatif (si l’on prend l’exemple d’un film : le thème traité, le genre, les personnes clés impliquées, etc.) et de donner un point de vue argumenté. Dire « c’est chiant » est un peu court, « le plan fixe de 10 mn dans lequel la seule action à observer est le déplacement d’une mouche sur une vitre est profondément ennuyeux » est déjà plus clair – après tout, si vous êtes fan de mouches, après avoir lu l’article vous vous rendrez au cinéma avec plaisir. C’est, il me semble, l’une des clés essentielles d’une bonne critique : comme elle ne peut pas être neutre, il faut qu’elle apporte des éléments permettant ensuite à chacun de se positionner.
Une des choses qui m’agacent le plus, ce sont les rédacteurs qui se servent de leur papier pour raconter leur vie. A moins d’être particulièrement doué, cela ressemble plus à du remplissage de page (vite, vite, je dois atteindre mes 1 500 signes !) ou de l’étalage narcissique barbant.
Pour vous montrer ce à quoi je pense, voici quelques exemples, inventés mais très proches de choses réellement écrites et publiés :
- « C’est par un jour ensoleillé – heureuse coïncidence – que je suis allée à la projection presse de Little Miss Sunshine. » (Euh… et alors ?)
- « J’espère que vous aurez plus de chance que votre humble serviteur, assis à côté de jeunes gens qui ont discuté pendant toute la représentation. » (Aimez-moi, je fais un métier si dur pour vous servir !)
- « L’humour y est lourd, très lourd : j’étais d’autant plus affligé de voir que toute la salle riait à part moi ! » (Heureusement que je suis là pour vous guider, peuple inculte !)
Et vous, vous en pensez quoi des critiques ?
10 octobre 2008
Exercice de style
Hier, je me suis collée une contrainte toute seule (c’est malin), en vous disant que dans mon billet d’aujourd’hui j’allais utiliser les mots suivants : écriture, dictionnaire, littéraire, critique, cannibale, inspiration, livre. Bien sûr, avec la mauvaise foi qui peut parfois me caractériser, je suis tentée de vous dire : eh bien voilà, c’est fait. Oui, je sais, c’est facile. Trop. Je vais donc tenter de réellement me plier à l’exercice (je sais que vous n’avez aucune preuve, il va falloir me croire, mais je suis vraiment en train d’écrire ce post au pied levé).
Il était une fois (un bon début, original et fort…) le mot cannibale. Celui-ci en avait marre de vivre enfermé dans le dictionnaire, écrasé sous au moins trois bonnes livres d’autres mots, dont beaucoup avaient bien meilleure presse que lui. C’est un des grands problèmes des médias : ils ont la critique facile et s’acharne sans états d’âme sur des mots comme lui, n’hésitant pas à le mettre en couverture de torchon tel que le Nouveau détective.
Mais cannibale aspirait à une autre vie. Une vie plus respectable, qui lui amènerait l’amour du public plutôt que son opprobre. Oui, il était temps qu’il se créé un autre destin. Alors, il prit une grande inspiration et expira si fort que son souffle puissant l’éjecta du dictionnaire : cannibale était libre ! Il allait enfin pouvoir montrer sa vraie valeur ! Il se mit à se balader dans des textes au hasard, à la recherche d’un endroit dont l’écriture lui conviendrait.
Cela s’avéra bien plus difficile qu’il ne le pensait. Les textes avec de véritables qualités littéraires n’étaient pas si nombreux, et dans ceux qu’il rencontrait, il n’y avait nulle place pour lui : beaucoup causaient de jeunes filles anglaises qui avaient bien du mal à trouver l’amour, ou à choisir entre sentiments et raisons ; certains évoquaient le malheur et la colère des hommes ; d’autres se délectaient de temps perdu et de madeleine ; ou bien se tourmentaient en russe sur l’insondabilité de l’âme humaine sur 1523 pages. Tout cela était bien intéressant, mais ne lui laissait guère de place…
Ne sachant plus vers qui se tourner, le mot cannibale s'installa dans la rue, une petite pancarte posée devant lui : « Mot sans texte cherche auteur sachant écrire pour l’héberger ». Alors, je vous le demande, trouvera-t-il une bonne âme pour s’occuper de lui ?
Rien à voir – pour ceux que cela intéresse, aujourd’hui parait mon enthousiaste critique de Conversations avec ma mère sur Culturofil.


