10 février 2009
Shakespeare et l’orthographe
J’adore Shakespeare. Un amour venu sur le tard, qui s’est construit peu à peu, sur la base d’une estime réciproque (ben quoi ? Qui vous dit que ce brave Will ne m’aurait pas estimée si l’on avait eu une chance de se rencontrer ?). Du solide, pas un de ces vulgaires coups de foudre qui vous lance tellement de poudre aux yeux que vous ne pouvez plus rien voir, et qu’après vous en faites des proverbes qui causent d’amour qui rend aveugle et de borgne devenu roi (hmmm… cela pourrait faire un bon sujet pour une pièce maintenant que j’y pense).
Je suis en train de terminer la lecture d’un petit livre de Bill Bryson qui fait le point sur ce que nous savons de la vraie vie du plus célèbre des dramaturges. En résumé, pas grand-chose. Faut dire qu’à la fin du XVIe, début du XVIIe, les gens n’étaient pas terriblement organisés pour la mise à jour régulière de Wikipédia, et du coup, y a de sérieuses lacunes.
Un des faits amusants que rapporte le sieur Bryson, c’est qu’on a trouvé dans les papiers de l’époque près de 80 façons d’épeler le nom de Will, des variantes allant de « Shappere » à « Shaxberd ». Parmi la demi-douzaine de signatures de la main du barde qui sont parvenues jusqu’à nous, il n’écrit pas son nom deux fois de la même façon, et en tout cas jamais dans l’orthographe qui est maintenant universellement admise, c’est-à-dire Shakespeare. Bigre, je suis bien contente de ne pas avoir vécu à cette époque : le boulot de correctrice devait y être infernal !
07 novembre 2008
Intellectualisme esthétisant : la barbe !
Entre les déplacements et les élections américaines, cette semaine je n’avance pas aussi vite que je le souhaite sur mon travail de traduction. Je vais essayer de me rattraper aujourd’hui. Cela me permettra au passage de ne pas trop penser à l’horrible mise en scène d’une pièce de Shakespeare que j’ai vu hier – la critique sera en ligne vendredi prochain. L’espèce de courant intellectualiste et esthétique qui pourrit une partie de la production théâtrale française m’exaspère au plus haut point. On fait des décors très minimalistes et beaux, pour ensuite y planter des comédiens à qui on fait déclamer le texte sans émotion. Une horreur.
Cela se veut intelligent, cela impressionne par la froideur et la hauteur qui s’en dégagent. Ce genre de mise en scène vous crie à la gueule : c’est comme ça que Le Théâtre Doit Etre. Oui, avec les majuscules inutiles – c’est exactement comme cela que c’est crié. Ca me gonfle d’autant plus que cela arrive à duper certains spectateurs, qui se disent, ben oui, c’est joli et ils savent bien leur texte, c’est ça le théâtre. Sauf que c’est du théâtre de masturbation intellectuelle, pas un théâtre de corps, de rires, de larmes, de colères, de joies, bref de vie. Et ça m’énerve (je le précise au cas où vous n’auriez pas remarqué).
Ce n’était pas pour les mêmes raisons, mais vous pouvez découvrir sur Culturofil la critique de la pièce qui m’avait déplu la semaine dernière : 1984. Après une série de très bons spectacles depuis la rentrée, on dirait que la tendance est en train de s’inverser. Affaire à suivre !



