10 avril 2009
Le baiser de l'escargot
Je viens de boucler la correction d'un guide sur la faune qui peuple nos riantes campagnes. Ce fut l'occasion pour moi d'apprendre de nombreuses petites choses que je ne savais pas (c'est un des charmes de la profession), entre autres que la bave de la limace était si épaisse qu'elle pourrait passer sur une lame de rasoir sans se couper. Ou que la langue des escargots était pleine de dents... étonnant, non ?
22 mars 2009
La faute des éditeurs
Dans l’indifférence quasi générale (je viens seulement de l'apprendre et pourtant je suis directement concernée !), une cinquantaine de lecteurs-correcteurs ont manifesté ce vendredi pour dénoncer les pratiques de certaines maisons d’éditions, nous dit Livres Hebdo. Le « certaines » maisons d’édition pouvant être traduit par une vaste majorité, y compris des grands noms que vous avez certainement dans votre bibliothèque…
Qu’est-ce qui énerve la profession ? Eh bien d’être payé en droits d’auteur alors que le travail fourni par un correcteur tombe sans ambiguïté aucune dans le cadre d’un emploi salarié. Oui, mais cela coûte beaucoup moins cher à l’éditeur de verser des droits d’auteurs : moins de cotisations (donc pas d’accès au régime générale de la sécu, pas de droit au chômage – le top pour la personne ainsi rémunérée), pas de congés payés, aucun engagement… le plan est presque trop parfait pour être vrai du côté des payeurs !
Et pourtant, c’est bien comme cela que ça se passe. On vous nomme officiellement « rewriter » pour justifier le côté « auteur » des droits en question, et hop, tu corriges le manuscrit. Pourquoi accepte-t-on ? Parce qu’il n’y a pas le choix. Si tu n’acceptes pas ces conditions-là, tu ne travailles tout simplement pas et déjà que les contrats ne sont pas si nombreux… En tout cas, je tire mon chapeau à ces collègues pour avoir brisé la loi du silence autour de cette pratique peu glorieuse.
06 octobre 2008
Coup de gueule
Je sais, le monde va mal et nous avons tous nos problèmes. J’essaye généralement de ne pas en rajouter une couche avec mes ronchonnements et énervements, mais là je craque. Je suis très énervée de voir que dans ma branche, la correction, lorsque l’on consulte les sites professionnels de la presse et de l’édition, tout ce qui est proposé sont des stages de 3 à 6 mois, soit non rémunérés, soit conventionnés au « salaire » minimum.
J’aime mon travail, mais soyons clair, c’est un job minutieux, parfois fastidieux, qui demande beaucoup de recherches et parfois des nerfs d’acier pour ne pas simplement écrire en marge d’un texte : « Ceci n’est pas un texte. Ceci est une ineptie. Pourquoi le publier et comment voulez-vous que j’arrive à en faire quelque chose de présentable ??? »
Je suis peut-être une utopiste, mais je pense que cela vaut plus que les 364 euros par mois que de grandes maisons d‘éditions, annonçant de jolis bénéfices annuels, vous proposent pour un stage sans débouché. Cela en dit long sur leur respect du travail bien fait et des compétences, mais aussi sur leur respect de l’auteur et du lecteur.
08 septembre 2008
Le lecteur mérite une bonne correction
Même avant de me former au beau métier de correctrice, il m'arrivait de temps à autre de remarquer une faute d'orthographe dans un livre et cela venait interférer avec ma lecture. Depuis, c'est pire. En plus des fautes d'orthographe qui ont pu échapper à la vigilance du collègue chargé de la correction du manuscrit, maintenant je repère les fautes de typographie : tel point qui se retrouve tristement abandonné après un guillemet fermant alors qu'il ne demandait qu'à être inclus dans la citation, une espace dédoublée par ici, une capitale qui n'avait pas lieu d'être par là.
Avec cette formation, mon oeil a changé, et même si je ne cherche pas la petite bête en me plongeant dans un roman, c'est elle qui me saute à la figure et vient m'agresser dans ma lecture - la perfide ! La situation est souvent aggravée avec les petites maisons d'édition qui, malgré une passion pour leur travail et une réelle envie de bien faire, ont rarement les moyens de se payer un correcteur... et cela se ressent. Mais elles ne sont pas les seules.
En ce moment, je lis Malavita encore de Tonino Benacquista, publié chez Gallimard. Si Gallimard n'est pas un poids lourd de l'édition française, on se demande bien qui peut se targuer du titre, non ? Ils font partie des quelques grosses structures qui peuvent s'offrir le luxe d'avoir des correcteurs permanents (la plupart des moyennes et petites structures utilisent des free lance au coup par coup). Eh bien je n'ai pas encore dépassé la page 100 que j'ai déjà repéré au moins trois fautes de typo. Bien sûr, cela ne m'empêche pas d'apprécier la prose du sieur Benacquista, mais cela ternit mon bonheur de lectrice. C'est un peu comme si dans un film, au milieu d'une scène poignante, vous voyiez soudain surgir le micro poilu du perchiste : ça gâche l'effet d'ensemble.





