16 juin 2009
La critique de la critique
Depuis que j’écris pour Culturofil, je regarde les critiques d’un œil justement plus critique. Je pars du principe qu’un article critique se doit à la fois d’être informatif (si l’on prend l’exemple d’un film : le thème traité, le genre, les personnes clés impliquées, etc.) et de donner un point de vue argumenté. Dire « c’est chiant » est un peu court, « le plan fixe de 10 mn dans lequel la seule action à observer est le déplacement d’une mouche sur une vitre est profondément ennuyeux » est déjà plus clair – après tout, si vous êtes fan de mouches, après avoir lu l’article vous vous rendrez au cinéma avec plaisir. C’est, il me semble, l’une des clés essentielles d’une bonne critique : comme elle ne peut pas être neutre, il faut qu’elle apporte des éléments permettant ensuite à chacun de se positionner.
Une des choses qui m’agacent le plus, ce sont les rédacteurs qui se servent de leur papier pour raconter leur vie. A moins d’être particulièrement doué, cela ressemble plus à du remplissage de page (vite, vite, je dois atteindre mes 1 500 signes !) ou de l’étalage narcissique barbant.
Pour vous montrer ce à quoi je pense, voici quelques exemples, inventés mais très proches de choses réellement écrites et publiés :
- « C’est par un jour ensoleillé – heureuse coïncidence – que je suis allée à la projection presse de Little Miss Sunshine. » (Euh… et alors ?)
- « J’espère que vous aurez plus de chance que votre humble serviteur, assis à côté de jeunes gens qui ont discuté pendant toute la représentation. » (Aimez-moi, je fais un métier si dur pour vous servir !)
- « L’humour y est lourd, très lourd : j’étais d’autant plus affligé de voir que toute la salle riait à part moi ! » (Heureusement que je suis là pour vous guider, peuple inculte !)
Et vous, vous en pensez quoi des critiques ?
Commentaires
Ouh la!
je me garderai bien de donner une quelconque opinion! Je veux pas me mettre toute une corporation à dos!
;oD
Plus sérieusement, je regrette souvent ne pas lire une critique personnelle (et par personnelle je n'entends pas qu'on me raconte sa vie pleine de trous) mais écrite en fonction d'une ligne éditoriale. J'ai comme l'impression que soit on encense, soit on dégomme et le tout dans un mouvement herpéto-circulaire: on aime parce que tout le monde aime parce que tout le monde aime parce que tout le monde aime...
Entre les deux, la nuance, l'argumentation un brin fouillée, c'est pas souvent qu'on peut la lire/l'entendre.
De fait, ça m'est arrivé hier soir, dans une émission télé. Critique théâtrale menée par deux journalistes qui visiblement connaissaient leur sujet et leur boulot.
Et tu sais quoi? J'ai pensé à toi :o)
Pour avoir tenté de critiquer les livres que j'avais lus ou les films que j'avais vus, je sais à quel point c'est dur.
Comme le dit Trollette, on a tendance à être influencé par les réactions des autres.
Donc, faut s'isoler. Soit on critique avant tout le monde, soit on se bouche les oreilles et on ferme les yeux, soit on critique longtemps après tout le monde.
J'aime que la critique sente le digéré personnel, et seulement cela. Même un très mauvais avis peut me donner envie de voir le film ou de lire le livre.
bouf
loin de moi l'idée de critiquer, mais sur ce coup-là je te trouve dure ! (à part la dernière phrase qui pue vraiment).
;o)
Bon évidemment si toute la critique est nombriliste c'est barbant, mais un peu de vie (d'avis ?) perso dans une critique je ne trouve pas que ce soit rédhibitoire.
Mais je te comprends : depuis que je corrige des textes, je remarque plus, maintenant, les fautes d'orthographe ou les tournures approximatives dans les romans. et ça c'est rude. arf !
Epi je t'avertis à l'avance, mon avis sur "gone baby gone" n'est que mon avis, plein de personnel...
mouaaaaaarf !
robisous
La Trolette -- Mais c'est sympa de penser à moi dans ces circonstances ! :-) Sinon, je te rejoins, il y a des partis pris systématiques qui me fatiguent aussi...
Par exemple, je me suis vraiment fait chier comme un rat mort en regardant Lady Chaterley qui est censé être ce que le cinéma français a fait de mieux depuis des lustres ! J'aurais écrit pour la rubrique ciné, je m'en serais donné à coeur joie ^^
Nathalie -- Oui, oui, et re-oui, une très mauvaise critique peut donner envie... surtout si elle est argumentée ! :-)
Freefounette -- Ben attends, tu ne te targues pas d'être critique pro, donc je ne lirais pas ton avis avec le même regard que pour quelqu'un qui fait ça en étant payé pour le faire... Au même titre que je dirais pas les choses tout à fait de la même façon à des potes que dans un article :-)
Ou fan de vitre.. tout dépend du support sur lequel se déplace la mouche Ôo Pour argumenter, je me souviens d’une scène de quelques secondes où l’on pouvait voir en gros plan, le trajet d’une goutte de sueur sur un sein, un beau sein galbé de femme mûr.. Ben tu vois pourtant je ne suis pas fan de goutte de sueur et pourtant j’ai trouvé la scène beaucoup, mais beaucoup trop courte… Valà quoi Ôo Hein ? ça parlait de critique littéraire ton article ???? Ah voui s’cuse je me suis laissé aller à des souvenirs érotico-cinéfage.
~~
Ôo
(_)
°
Pssst ! je suis sûr que tu vas me demander le titre du film, hein ?... Hein ??? ;)
Critique
Les critiques me donnent sans cesse envie de critiquer. Mais j'ai peur des critiques, alors je ne le fais pas.
Droufn -- Non, non, on parlait bien de critique en général, pas spécialement littéraire... et sinon, c'est quoi le titre du film ? ;-)
La Méduse -- Bienvenue par ici, je suis allée voir votre tout jeune blog et je trouve que les premiers posts sont très sympa :-)
La version longue?
C'était la version longue de Lady Chatterley?
Parce que c'est celle que j'ai vue... les scènes s'étiraient, s'étiraient... comme moi d'ailleurs, en baillant. Remarque, en même temps c'est pratique pour faire une pause pipi, chercher un gâteau à grignoter et remplir son mug de thé sans perdre le fil de l'intrigue...
Ceci étant dit, tout n'est pas à jeter dans ce film, la photo, la lumière, les costumes étaient vraiment de très bonne facture (je suis sensible à ses choses là, d'autant plus quand l'histoire elle-même m'ennuie), les acteurs plutôt formidables et sobres pour les situations qu'ils avaient à jouer (qui donnent souvent lieu à des mises en scène d'une lourdeur indigeste).
Et somme toute, un film qui prend le temps de laisser le temps et l'ennui avoir un rôle aussi important n'est pas pour me déplaire... j'ai trouvé l'ennui mieux retranscris que dans "l'ennui", justement.
;o)
Mais de là à dire que c'était ce qui fait de mieux dans le cinoche français actuel... c'est un pas que je ne franchirai pas.
^_^*
Exercice difficile!
On pourrait tourner la phrase de la mouche encore mieux, en écrivant par exemple: "Certains spectateurs pourront trouver ennuyeux le plan fixe...". Balancer que c'est ennuyeux comme fait dans l'exemple me paraît être un jugement de valeur, ce qui est le meilleur moyen de prendre des coups après un article.
Reste que dès qu'on fait de la critique, c'est difficile de rester factuel, et son auteur sera souvent influencé par des facteurs extérieurs. Le tout est de dire ce qu'on a à dire, tout en ménageant les susceptibilités. A ce jeu de la critique à lire à plusieurs degrés, je connais quelques as...
Et si l'on ne veut pas descendre frontalement un livre, le journalisme permet de l'aborder sous un autre angle, par exemple en cuisinant l'auteur dans une interview (si on a la place) ou en tirant son portrait "général", suivi d'une courte mention du titre de l'ouvrage qui lui vaut les honneurs de la presse.
Enfin, le gars qui arrive à raconter sa vie sur 1500 signes en plus de parler de son sujet effectif est quand même costaud. Comment fait-il rentrer tout ça? Au chausse-pied?
Tendance douteuse
Il y a aussi une tentation que je trouve douteuse, de la part de certains critiques: ménager les susceptibilités des artistes qui vivent près de chez eux, et se lâcher sans vergogne dès que l'artiste vit loin, en partant de l'idée que s'il habite Hollywood ou Pétaouchnok, il y a moins de chances qu'il vienne lui casser la figure après la publication d'une critique incendiaire...
C'est assez amusant cette histoire parce que tout ça, c'est avant tout une histoire de Rock'n'Roll. C'est la critique rock US qui a véritablement mis le journaliste/écrivain au coeur des papiers qu'ils écrivaient. C'est un peu schématique et en réalité plus complexe que ça parce que les chroniques de Boris Vian (au passsage excellentes) pour Jazz Hot sont déjà dans ce style en fait mais bon ...
Ce sont les mélomanes qui ont décidé ça et lancé une mode, qui a d'abord conquis la presse rock française avant de s'insinuer partout (avec plus ou moins de réussite d'ailleurs).
La presse magazine a ensuite emboîté le pas, à la fois pour faire jeune mais aussi parce que 1500 signes sur soi avec un mauvais disque en toile de fond, c'est finalement bien moins grave en terme de rentrées publicitaires éventuelles qu'un mauvais papier sur un produit phare de l'annonceur numéro 1 du journal.
Personnellement, j'avoue qu'à part quelques très belles plumes dans ce domaine du "moi et l'oeuvre", ce genre de papier m'ennuie profondément, surtout qu'on arrive très vite aux excès du genre name-dropping (Salut les kids, je m'appelle Phillipe Manoeuvre et je tutoye Mick Jagger) ou pire encore, l'inventaire des codes de la branchitude. Il y a un vrai équilibre à trouver pour celui qui écrit : éviter de se limiter à la dissection froide et clinique de l'oeuvre sans pour autant rentrer dans la tranche de vie servie sans assaisonnement.
Je suis libraire et j'attache beaucoup d'importance aux critiques, qui me permettent de faire des choix et m'évitent de lire certains livres. Je suis cent pour cent d'accord avec vous et je souhaite que les critiques s'appliquent.
La Trolette -- Oui, mais je l'ai vu au cinéma, alors pour les pauses pipi/mug et tout, c'était un peu loupé ! ^^
Daniel -- Je suis particulièrement sensible à ta dernière remarque, car écrivant sur le théâtre, il y a un effet de proximité qui fait effectivement approcher un article de façon différente que pour parler d'un des blockbusters de l'été...
Labosonic -- Tout à fait d'accord... et merci d'avoir pris le temps de replacer tout ceci dans son contexte historique. :-)
Mic -- Merci de votre témoignage, il me semble qu'effectivement la critique a un vrai rôle à jouer et devrait d'autant plus avoir un minimum d'exigence avec elle-même :-)
Huhu!
ça me rappelle la fois où on était allés voir "Saint Cyr" après avoir lu des tas de critiques dithyrambiques. Qu'est-ce qu'on s'est emm.... !
Et impossible de sortir avant la fin, on était coincés entre deux baraques complètement absorbées... ça a été un très très très long moment de cinéma...
o_Ô
Dans une critique, de livre ou film du moins, il doit y avoir pour moi absolument un résumé de l'histoire, que je sache de quoi ça cause, sinon je zappe. Pareil sur la couverture d'un livre, s'il veut que je le choisisse. D'ailleurs, les éditeurs anglais aiment y mettre des critiques (élogieuses, bien sûr) au lieu du résumé... ça m'énerve !!
Sinon pour revenir aux critiques, je rejoins ce qui a déjà été dit : j'aime que ce soit argumenté. Et soyons fous, que le critique se soit donné la peine de lire le livre dont il va parler. Soyons encore plus fous : que sa critique n'ait pas ce goût douteux qu'on souvent les critiques à la télévision, forcément élogieuse, semblant commandée...
Cartoonita -- "Et soyons fous, que le critique se soit donné la peine de lire le livre dont il va parler." --> Ecroulée ! C'est vrai que parfois, on peut se poser la question ! ^^
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