31 juillet 2008
Lettre d'Amérique 5 : l'odyssée du homard
A Rockport, la spécialité, c'est le homard. Principale ressource économique de ce petit village, la pêche continue de rythmer le quotidien des habitants, et notament celui d'une des personnalités locales, Roy Moore. Ici, tout le monde le connait, car Roy est le propriétaire d'une petite boutique où l'on peut achter les homards pêchés le matin même, puis bouillis par le maître des lieux dans une grande cuve d'eau de mer pour préserver toute leur saveur marine.
Le rituel est immuable : pour pouvoir vous régaler, il faut laisser un message à Roy le matin en lui précisant le nombre de homards que vous voulez et venir ensuite les recupérer à 18h tapante. Avant, ils ne seront pas encore à la cuve, après, la boutique sera fermée... En attendant d'être servi, un panneau au-dessus du comptoir vous résume la philosophie du maître des lieux :
Une fois rentré chez vous, il ne vous reste plus qu'à mettre la table :
Puis, avec toutes les précautions nécessaires (gants pour ne pas laisser d'empreintes, immenses serviettes à vous attacher autour du cou pour vous protéger de toute attaque de votre victime), sortez l'arme du crime :
La bataille est rude, mais chacun de vos efforts est récompensé par une bouchée de chair succulente, tellement goûteuse qu'elle n'a besoin d'aucune sauce pour l'accompagner. Une demi-heure plus tard, voici tout ce qui reste de votre victime.
Roy Moore et ses homards, c'est comme le chant des sirènes : impossible de leur résister !
29 juillet 2008
Le Treizième Conte
Dans ma première lettre d'Amérique, je vous parlais de Partners and crime, une de mes librairies favorites à New York. Entre autres choses, lors de mon passage j'y ai acheté The Thirteenth Tale de Diane Setterfield, que vous pouvez trouver dans sa version française, le Treizième Conte aux éditions Plon.
Je viens tout juste de tourner la dernière page de ce livre qui vient de me tenir en haleine pendant trois jours, et là, impossible de ne pas le mentionner ici : lisez-le ! Ce premier roman est très bien écrit, magistralement structuré et passionnant d'un bout à l'autre. Vous y suivrez le récit de que Vida Winter, auteur célèbre, recluse et mythomane avérée va décider de faire à une jeune biographe sur laquelle elle a posé son dévolu de façon mystérieuse. C'est un livre sur le pouvoir des mots, des livres, des fantomes et des prisons crées par les non-dits. Que vous soyez en vacances ou ailleurs, qu'importe le lieu, croyez-moi, une fois commencé vous n'arriverez pas à le lâcher.
27 juillet 2008
Lettre d'Amérique 4 : malbouffe ? Quelle mabouffe ?
Il y a des préjugés qui ont la vie dure, tels que tous les Italiens sont des machos, tous les Anglais des buveurs de thé et tous les Français des dieux au lit. Tout ceci est faux et je suis certaine que beaucoup d'entre vous ont déjà eu l'occasion de s'en rendre compte. Mais bref, le cliché auquel je souhaite aujourd'hui tordre le cou est autre : une vaste majorité de gens pensent qu'aux USA on mange mal, voire très mal. Ces gens ont de bonnes raisons de le croire, après tout, ce sont les émissaires de l'oncle Sam qui ont recouvert le monde de Mc Dos et Coca, sans même évoquer Monsanto et les OGM.
Seulement, aux USA comme ailleurs, vous avez toujours le choix. Personne ne vous met un pistolet sur la tempe pour s'assurer que vous dévorez vos 3 burgers quotidiens accompagnés de donuts et soda. Non. Il y a partout des petites boutiques indépendantes qui vendent des sandwiches frais, à base d'éléments bios. Le bio, ou organic en VO, ça marche très bien par ici, car les Américains ne se réduisent pas à une masse informe d'idiots qui mangeraient ce qu'on leur demanderait de manger. Non, ils sont comme vous et moi, certains se fichent de ce qui se trouvent dans leur assiette, mais nombreux sont ceux qui ont envie de s'assurer qu'ils ont une hygiène alimentaire décente.
Regardez cette assiette : tomate bio, poulet grillé, cornbread (pain typique à base de farine de maïs), un peu de coleslaw (mélange de carotte et choux rapés) - y a pire, non ?
Bonus pour nous, Européens, si vous venez en vacances ici, la nourriture - que cela soit au restaurant ou au supermarché - est moins chère qu'en France. Et je vous confirme que les portions servies dans les restaurants sont gigantesques : gaspillage ? Pas du tout, car vous pouvez toujours emporter avec vous ce que vous n'avez pas terminé sur place (les fameux Doggy-bag)et c'est ce que tout le monde fait sans complexe aucun. Résultat : un bon dîner se dédouble en agréable déjeuner le lendemain midi.
Et puis il y a un truc que l'on ne sait pas forcément en arrivant ici, mais qui peut changer votre expérience culinaire aux USA : venez y manger des steaks. Même un steak commandé dans un restau de base ici va faire vaciller de plaisir vos françaises papilles qui n'en reviendront pas de combien cette viande peut-être tendre et fondante. La première fois, je me suis demandée ce qu'ils faisaient à leurs bovins pour que leur viande soit si bonne, mais en fait, très vite, tout s'est inversé dans ma tête : mais bon Dieu, que faisons-nous aux nôtres pour qu'ils ne soient pas aussi succulents ?
25 juillet 2008
Lettre d'Amérique 3 : orage sans désespoir
Nous nous sommes posées pour une dizaine de jours dans le charmant port de Rockport, à une heure de route de Boston, Massachussets. En faisant un grand zoom arrière géographique pour avoir un aperçu de la baie de Boston, nous sommes face à Cape Cod, lieu de villégiature recherché, bien connu des lecteur d'Annie Dillard. A Rockport, le jeu des courants maritimes fait que l'eau est plus froide, donc le touriste plus rare et le pêcheur de homard plus présent. Deux conséquences qui me bottent.
C'est le troisième été que je viens ici et, comme la famille de Petite Femme, j'ai adopté ce port tranquille comme étant mon coin de paradis sur terre. Avant d'y venir, je n'aurais jamais pensé pouvoir vivre aux USA, après avoir séjourné ici, je sais que c'est du domaine du possible (mais pas dans le futur immédiat, je reviens à Paris fin août, c'est promis !). En marchant sur le chemin qui mène en quelques minutes de la maison de vacances de la famille de Petite Femme à la plage, voici ce que vous pouvez voir à droite :
Et voilà ce que vous pouvez voir à gauche :
Mais ça, c'était le jour de notre arrivée, car depuis, c'est la tempête. Honnêtement, cela me convient tout aussi bien, car je ne suis pas du genre à passer mes journées à me baigner et à me dorer au soleil. L'océan est magnifique sous tous les cieux, et les moments de gros grains lui donnent des allures dramatiques, comme mon pote Will les aimait - ce n'est pas pour rien qu'il a intitulé une de ses pièces The Tempest.
23 juillet 2008
Texte rouge en ligne
Juste une petite note pour vous signaler la publication d'une de mes nouvelles sur l'excellent site de Françoise Guérin, Mot compte double. J'ai écrit cette histoire en réponse à son appel à texte "rouge", et cela s'appelle Une attachante rupture...
Bonne lecture !
22 juillet 2008
Lettre d’Amérique 2 : mariage en yiddish
Dimanche nous étions invitées au mariage d’une cousine de Petite Femme, dans le Connecticut, à une bonne heure de route de New York. Ce fut non seulement le premier mariage américain auquel j’assistais, mais aussi le premier mariage juif – autant vous dire que ma curiosité était en éveil !
Premier choc culturel : en Amérique, un mariage peut se faire n’importe où du moment qu’un représentant du culte choisi est là pour le célébrer. C’est ainsi qu'avec les quelques 150 invités, à 11h00, nous nous sommes retrouvées dans le magnifique jardin des parents du marié. Immense, l'endroit était magnifique : un parc verdoyant, parsemé de nombreux parterres de fleurs et d'arbres centenaires... Une fois tout le monde rassemblé, les témoins sont venus en portant la chuppah traditionnelle, pour que s'y tienne la femme rabbin et les futurs époux :
La cérémonie fut très émouvante, alternant anglais, yiddish et même quelques mots de coréen, la famille de la mariée étant originaire de ce pays. A la fin, la rabbin donna un verre à briser à l'époux. Je savais que cela se faisait, mais je ne connaissais pas le pourquoi de cette tradition : le verre brisé est là pour rappeler tous les malheurs et déboires du monde, monde dans lequel l'union de ces deux êtres qui s'aiment va participer à la restauration de la paix. Mazel tov !
Une immense tente avait été installée près de la maison, avec des musiciens et des tables pour le repas.
Mais avant de mager, il faut surtout danser - c'est la horah : une espèce de farandole endiablée, au centre de laquelle se trouvent les mariés. Il s'en dégageait une joie et une vitalité incroyable, rien que de regarder tous ces gens se tenant la main, sautillant et chantant, j'en avais un sourire à me décrocher la mâchoire ! Pour le final, on amena des chaises pour les époux et leurs amis les portèrent ainsi, comme la reine et le roi qu'ils étaient ce jour-là, et les firent danser assis... magique.
De nombreux toasts furent portés, à chaque fois salué par un vibrant l'chaim (à la vie) de la part de tous les gens présents. L'ensemble respirait l'amour et la joie de vivre. Je me suis sentie extrèmement privilégiée de pouvoir partager ces instants de bonheur.
Nous sommes reparties vers 17h - eh oui, aux USA, on ne festoie généralement pas toute la nuit, contrairement à chez nous. Petite femme et moi avons passé la soirée avec un autre de ses cousins et sa femme. Dans leur jardin, entre chien et loup, nous avons admiré les lucioles qui apparaissaient et disparaissaient par dizaine, telle des petites fées facétieuses. Ensuite, nous avons fait un feu et grillé des marshmallows dans la plus pure tradition américaine.
Parfois, une journée touche à la perfection, et cela rend humble devant l'amour et la beauté reçus.
19 juillet 2008
Lettre d’Amérique – New York
Lorsque nous venons passer l’été aux USA, nous partons avec trois valises : deux avec nos affaires et une vide, qu’au fil de notre séjour nous remplissons de livres. Il faut dire que les bouquins sont moins chers qu’en France, et qu’au taux actuel du dollar, on aurait tort de se priver ! Je me dois donc de mentionner ici la librairie à laquelle nous nous sommes arrêtées hier : Partners and Crime.
Si vous aimez les polars, livres de mystères et autres suspens, c’est LE lieu à ne pas manquer à NYC. Nous l’avons découvert l’an passé, en venant y écouter une conférence hilarante de Jasper Fforde pour la sortie des dernières aventures de Thursday Next. Nous sommes tombées amoureuses de ce lieu et de son propriétaire, un passionné toujours prêt à vous faire des recommandations. Pour le fun, sachez que j’ai repéré 3 auteurs français traduits en américain dans les rayons : Vargas, Benacquista et Simenon.
Nous sommes logées chez une des sœurs de Petite Femme, qui habite au 4e et dernier étage d’un appartement dans l’Upper West Side de Manhattan. L’immense avantage d’étre en haut de ce petit immeuble est que nous bénéficions de l’accès au toit… et de sa vue très new-yorkaise dont je ne me lasse pas :
Si vous sentez une pointe d’envie en lisant ses lignes, consolez-vous en sachant qu’il fait une chaleur moite, pègueuse comme on dirait dans ma Provence natale, qui est très dure à supporter. Rien que de rester debout dans la rue, on commence à transpirer, et si vous vous mettez à marcher, vous ruisselez, et je vous jure que ce n’est pas une image !
Alors, pour s’occuper pendant ces trop chaudes soirées, nous avons décidé hier d’aller au cinéma : une grande salle climatisée, chouette alors ! Sauf que, c’est tellement bien climatisé que vous avez même besoin de votre petite laine pour pouvoir regarder le film sans vous geler… bref, fidèle à leur réputation, les Américains ne font pas dans la demi-mesure ☺
Partout
Juste histoire de vous bluffer, j'ai beau être présentement à New York City, aujourd'hui est publiée sur Culturofil ma critique d'un spectacle parisien, le Secret du temps plié.
Je viens aussi de rendre ma nouvelle pour le Cadavreski. Je vous livre ici un mini-scoop, le titre de mon histoire est Rêve de sorcière.
Avouez que vous zêtes zépatés par ma capacité à être partout, n'est-ce pas ?
18 juillet 2008
A l'arrière des taxis
C'est mon quatrième passage à New York et à chaque fois la première impression est la même. A l'arrière d'un taxi jaune, je regarde la ville se dérouler sous mes yeux et je me crois dans une salle de cinéma dont la vitre de la voiture serait l'écran. A travers les films et les séries, nous connaissons tous New York avant d'y aller - beaucoup de choses y ont un étrange goût de déjà-vu. Du coup, une fois sur place, cela en devient presque difficile de croire à la réalité de la Grosse Pomme.
En entrant dans Manhattan, le taxi s'arrête à un feu rouge. Il y a un parc avec des jeux pour les enfants. Le nom de ce "playground" ? Marx Brothers. Quand je vous disais qu'ici c'était du cinéma...
17 juillet 2008
Départ
Le grand jour est arrivé, aujourd’hui nous prenons l’avion direction les Etats-Unis d’Amériques, où nous allons rester pendant les 5 – presque 6 – semaines à venir. Nous n’y ferons pas forcément beaucoup de tourisme, l’idée étant surtout de passer du temps avec la famille et les amis de Petite Femme qui profite de l’été pour faire le plein de son pays.
Nous devrions avoir accès à internet presque tout au long de notre séjour, ce qui fait que vous aurez régulièrement de mes nouvelles. Par contre, ne soyez pas surpris si ce blog prend des allures de carnet de voyage durant cette période…
Première étape : deux jours à New York avant d’aller assister à un mariage dans le Connecticut. Alors à tout bientôt pour une première lettre d’Amérique !



















