11 mars 2008
La mégère apprivoisée
Jusqu’en juillet 2008, ce joue en alternance à la Comédie-Française, la Mégère apprivoisée de William Shakespeare, dirigé par Oskaras Korsunovas. Cela fait un moment que l’on nous annonce que la renaissance du théâtre européen passe par l’Est, et ce metteur en scène lituanien fait partie de cette vague turbulente qui vient secouer nos habitudes – c’est d’ailleurs un joli symbole que de le recevoir à la Comédie-Française. J’avais déjà eu l’occasion de voir l’une de ses réalisations au théâtre de la Commune, Dans le rôle de la victime, une vivifiante et provocante pièce russe, montée avec une énergie exubérante.
Or, énergie exubérante et Shakespeare font très bon ménage, vient nous rappeler Korsunovas (très loin du Hamlet anémique et atone de Hubert Colas, porté aux nues de façon incompréhensible par la critique…). Grâce à lui, la pièce est jouée à travers les corps autant qu’à travers les mots, des corps qui glissent, volent, courent, dansent, se tordent, se cherchent, se battent et viennent souligner la nature animale de l’homme, bien présente malgré tout son art des apparences. Les comédiens en jouent jusqu’au bout, grâce à des costumes-miroirs ingénieux et des pantalonnades qui ne sombrent jamais dans le ridicule. Korsunovas a su survitaminer les acteurs du Français, qui s’en donnent à cœur et à corps joie, faisant vibrer le texte de Shakespeare dans toute sa violence, sa truculence, son désir et surtout sa vitalité hors du commun.
Comme le faisait remarquer la dame assise à côté de moi à sa voisine : « Chaque pièce de Shakespeare est un peu à part », c’est bien là la marque de son génie, et chacune de ses pièces méritent d’être montées avec autant d’irrévérence amoureuse que celle que nous offre à partager Korsunovas et son équipe.

